Le poids des devoirs

Ah, les devoirs… tout un programme, sans aucun jeu de mots. Depuis le lancement de la quinzaine sans devoirs, on peut dire que l’initiative fait parler d’elle et remet sur le bureau un vieux débat jamais clos… et tant mieux ! Alors comme je ne pouvais définitivement pas passer à côté de ce sujet ô combien sensible à la maison, je m’engouffre à mon tour dans la brèche faille. Vous avez bien cinq minutes (ou plus, suivant votre vitesse de lecture) ?

Avant toute chose, je vais parler de ce que l’on vit dans la Covima’s family, leur ressenti et mon vécu par rapport aux devoirs des z’enfants (les miens). Hors de question donc de faire une généralité, ce qui se passe ici est sans doute différent ailleurs.

Malgré la fameuse circulaire interdisant les devoirs écrits depuis 1956, force est de constater que rares sont les enfants qui n’en ramènent pas à la maison, les miens pour commencer. J’avais déjà évoqué l’épineuse question des devoirs, ici et(si la curiosité te mène, clique). 

Au début, les devoirs en CP, c’est sympa, c’est rapide, c’est trop bien, tu regardes attendrie les lignes d’écriture de ton chérubin, tu joues à la maîtresse grandeur nature le soir avec des vrais élèves dedans, et tu imagines l’avenir glorieux de tes rejetons qui te feront dire fièrement : "Oui, ce sont mes z’enfants. Petits déjà, ils adoraient faire leurs devoirs…" (bruitage de klaxon style vieille voiture des années 20).

Puis, dès le CE1, la vision de la famille parfaite vire au cauchemar, et tu commettrais bien l’irréparable envers tes merveilleux z’enfants. Qu’est-ce qui s’est passé, entre-temps ? Prenons les arguments qui défendent le soi-disant bien-fondé des devoirs le soir, et les miens, en face. Deux-points-à-la-ligne :

  • les devoirs servent à réviser ce qui a été appris dans la journée, car la meilleure méthode est de répéter sans cesse pour que cela rentre. D’accord, mais il me semble qu’une notion de grammaire ou de calcul ne s’apprend pas en un jour, mais sur plusieurs, j’ose espérer qu’on y reviendra en classe le lendemain.  
  • les devoirs ne sont que de la révision des notions vues en classe. Taratata, ce week-end encore Miniprincesse avait à apprendre une leçon et non à la réviser. D’où ma nette et désagréable impression de me substituer à l’enseignant dans ce cas précis, car c’est à moi que revient la charge d’expliquer alors que ce n’est pas mon rôle. Je n’ai pas la méthode et encore moins la patience pour cela !
  • les devoirs ne prennent pas beaucoup de temps. Là encore, tout est notion de disponibilité de l’enfant et des parents. Je rentre vers 18h à la maison, les filles commencent leurs devoirs seules et nous les terminons ensemble. Mais après leur journée, la concentration commence à s’effriter, et franchement faire réciter en épluchant les légumes pour le repas, ça me gave ! Sans parler de la fatigue des uns et des autres, de Timouton qui veut sa part de l’attention de sa maman… Résultat : tout le monde s’énerve, et ça finit souvent en eau de boudin ! Le week-end, on y consacre 15 minutes, au calme, mais le soir, paradoxalement, cela peut prendre beaucoup plus de temps. De plus, ça vaut ce que ça vaut, mais je ne rapporte pas de boulot à la maison, alors quand on sait qu’un enfant passe 7 h par jour à l’école, soit autant que moi au travail, bien remplies avec peu de temps de pauses, pourquoi en rajouter ?
  • Les devoirs développent l’autonomie. Sauf qu’au primaire, un enfant est tout sauf autonome. Il a besoin de travailler avec de l’aide. L’autonomie arrive petit à petit, mais donner des devoirs à faire avec un délai de plusieurs jours, c’est aberrant car l’enfant ne se projette tout simplement pas si loin. Sans l’aide du parent, c’est inefficace. D’où le renvoi à l’argument ci-dessus : comment faire quand on a des horaires décalés, quand on n’est pas à la maison le soir, quand on n’a tout simplement pas la tête à ça ?
  • Etre habitué à avoir des devoirs, c’est formateur pour le collège. Pardon ? Mais le collège, pour de jeunes enfants, c’est quasiment le siècle prochain ! Qu’on laisse donc aux petits le temps de grandir, de s’épanouir, de prendre confiance en eux, en les encourageant et en développant le goût de l’effort sans avoir sans cesse cette épée au-dessus de la tête.
  • Les devoirs sont un échange parents-enfants. Non, nul besoin pour moi de passer par eux pour faire des choses avec les miens, bien au contraire, à mon sens c’est du temps en moins le soir, qui devrait être réservé à la famille, et au repos.
  • Les devoirs permettent aux parents de savoir ce que font leurs enfants. Peut-être, mais les miens parlent d’eux-mêmes de ce qu’ils font, pas tous les jours certes, et là encore pas besoin des devoirs pour cela. Et s’il n’y en avait pas, serait-ce si grave de ne pas savoir à quel point du programme ils en sont ? Si on veut se renseigner, il est toujours possible de parler à l’enseignant (sans le monopoliser bien sûr), d’aller aux réunions de parents… Parfois, j’ai l’impression que certains parents empiètent un peu trop sur les plates bandes de l’enseignant et ne lui font pas confiance, d’où une pression bien inutile sur l’enseignant, et par conséquent sur l’enfant…

Je ne dis pas clairement "non aux devoirs", mais je trouve que les enfants en ont trop. Au-delà du "problème" des devoirs, je suis persuadée que le souci vient avant tout du manque de moyens et de personnels de l’Education Nationale.

Dans un monde parfait, les classes seraient plus légères en effectif, les programmes mieux faits, préparés par des spécialistes qui auraient une idée pratique de ce qu’est l’école en réalité et non pas des notions abstraites… On prendrait enfin conscience de l’enfant dans sa spécificité, avec ses capacités et ses faiblesses, et on arrêterait définitivement de le mettre dans des cases de niveaux, en disant : "à telle période, il doit être capable de faire ceci ou cela…" Rien ne me hérisse plus que les étiquettes, surtout quand on les colle dans le dos de nos enfants dès la petite section de maternelle…

Mais bien sûr, ça reste un rêve. Alors en attendant, sus au trop-plein-de-devoirs, nom d’un cartable !

PS : l’idée de ce billet m’est venue dans ma voiture, en écoutant la radio (clic) lundi matin, en allant au travail.

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10 réflexions sur “Le poids des devoirs

  1. Je ne me rends pas bien compte je crois… toute ma vie j’ai ramené du travail à la maison ;)
    Et on est bien d’accord que c’est le trop plein qui dégoûte les enfants, En te lisant, j’ai quand même un peu peur du CE1 l’an prochain et je croise les doigts pour tomber sur une enseignante intelligente… quand je vois l’agenda de ta fille, j’hallucine carrément!

    • Ah je suis rassurée, je pensais que tu aurais cru p-e que j’exagérais… En effet, c’est le "trop" qui est souvent en cause, et provoque du stress ("han mais maman, on a oublié de faire ça, la maîtresse va me gronder demain !" (véridique) ) et du dégoût. Je veux bien faire réciter une table, écrire quelques mots de vocabulaire, ça ne me dérange pas. Mais au-delà, on dépasse déjà les limites. Et comment ça tu ramènes du travail à la maison ? Ah bon ? :lol: C’est peut-être ça aussi qui explique la raison des devoirs, c’est que les enseignants en ont toujours fait eux-mm… Et on espère qu’ils ont tous un peu de bon sens re- :lol:
      Pour l’agenda, c’est comme ça tous les soirs :-(

  2. Je suis entièrement d’accord avec toi et ton article reprend mon opinion sur le sujet. Ce que je retiens tout particulièrement sur le sujet : laissons les enfants vivre leur jeunesse et s’épanouir !

    La phrase qui me fait bondir : "Les devoirs permettent aux parents de savoir ce que font leurs enfants". Il y a un truc que l’on appelle la communication et qui marche plutôt bien. Pour ma part, le soir, avec mes enfants, notre conversation tourne sur la journée passée, ce qu’ils ont fait à l’école, ce qu’ils ont mangé,… Je n’ai pas besoin de devoirs pour savoir ce que font mes enfants à l’école…. Je n’ai pas besoin que l’école et l’enseignant me rappelle mon rôle de parent, merci, j’y parviens très bien toute seule.

    • Voilà, chacun son rôle, et les enfants seront bien gardés. C’est à table, le soir, quand chacun raconte sa journée, que le mot "communiquer" prend tout son sens…

  3. Le CE, c’est juste l’année de l’horreur, à côté du CP. Ca part dans tous les sens, dans toutes les matières et… la tentation est grande de donner "un petit quelque chose à faire dans chaque matière pour que ce soit bien ancré, répétition, machin". Du coup, ici, c’est facilement une heure par jour, deux le WE. A 7 ans, désolée, c’est trop, ça les dégoûte à force, alors qu’avant ils étaient fiers de nous montrer ce dont ils étaient capables.
    Devoirs oui, mais dans la mesure. On est bien d’accord (on a d’ailleurs les mêmes arguments! ;-))

    • Oui, j’ai vu ça, et ça m’a confortée dans mon sentiment. A trop charger la mule, on va en faire des réfractaires à l’école, alors qu’arrivés au collège, pour bcp, les bases ne sont pas acquises, cherchons l’erreur ! (1 ou 2h, c’est énorme !)

  4. je suis pour les devoirs même en primaire, moi j’adorais les devoirs, ma maman qui n’a que des bases de primaires a toujours réussit à m’aider. donc je suis pour en espérant que mes enfants aiment autant que moi les devoirs.

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