Le temps béni du « non »

J’aurais pu intituler ce billet « la difficile acceptation de la contrainte, de l’interdit et des règles ». A l’aube de ses 3 ans, Timouton est dans l’âge d’or de la contestation. Youpiiiiiiiiii ! Depuis quelques semaines, les vacances pour être exacte, on teste tous les jours notre résistance au « non » (lui au nôtre, et nous au sien). On pourrait croire qu’arrivés au 3è rejeton, on est rôdé et qu’on aborde cette période sereinement . Laissez-moi rire, vous me verriez, vous comprendriez vite que non. Je dois admettre qu’il n’est pas aidé non plus : il cumule des gênes de caractères bien trempés à la pelle d’un côté comme de l’autre, merci aux ancêtres hein, une naissance sous le signe du Scorpion (volontaire, possessif, tenace et obstiné, entre autres), une place de 3è dans la fratrie à défendre… Toutes ces caractéristiques pour une si petite personne, ça fait bouillir la cocotte en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

« Timouton, viens te laver les mains. »

« Non ».

« Timouton, range ton vélo. »

« Non ».

« Timouton, c’est l’heure d’aller au lit. »

« Non. »

Le dernier travail pratique date de ce midi. A l’heure de la sortie de l’école, sa maîtresse m’a fait un petit signe discret de la main. Vraisemblablement elle avait quelque chose à me dire. Une fois les autres enfants sortis, elle m’a expliqué que la matinée avait été un peu dure avec mon diablotin car celui-ci n’était pas coopératif pour deux sous et ne voulait rien faire. Et quand on dit « rien », c’était encore moins que rien, pas de demi-mesures dans cette famille. Timouton, sentant bien qu’on parlait de lui, a voulu aussitôt détourner mon attention pour aller jouer sur une trottinette dans la cour. Mais je connais l’énergumène et l’ai forcé à rester, histoire de remettre les pendules à l’heure, là tu fais moins le malin.

Dans la classe, la maîtresse après avoir patienté, a fini par se fâcher (d’ailleurs en y regardant de plus près, je voyais bien sur la petite joue la trace séchée d’une larme) afin qu’il se mette au boulot. Il ne savait plus rien faire : ni l’étiquette de son prénom, ni ses couleurs, ni le coloriage en respectant la consigne… La citation du jour était « non », un mot que je n’entends que trop ces temps-ci. J’aurais du me méfier : dès le lever, il ne voulait pas aller à l’école, et en descendant de la voiture à 8h30, j’ai cru entendre un « moi veux pas travailler ». Déclaration d’ailleurs fièrement ressortie sur la route du déjeuner, après la mise au point avec la maîtresse (têtu je vous dis). Faut dire aussi que l’école, c’est dur : des règles à respecter, faire son pipi à heure fixe, aller dans le rang et tenir la main du copain quand on n’a pas envie, rentrer en classe alors qu’on resterait bien en récré… et surtout, surtout, OBEIR.

Bizarrement, ce comportement ne m’a pas surprise plus que ça, hier soir l’ambiance était tendue à la maison, la faute à… Timouton, déjà lui, qui ne voulait pas enlever ses chaussures à scratch (trop dur) tout seul. L’épisode a failli mal finir : Timouton s’enlisait dans sa colère et moi dans mon entêtement à ne pas lui céder, puisque je lui avais ordonné, je n’allais pas lui le faire, nan mais oh. Le problème c’est qu’on allait y passer la soirée, alors que c’était si simple de désamorcer le conflit en le faisant moi-même. A bout de ressources, j’ai déclaré que je ne m’occupais pas d’un petit garçon qui piquait sa crise, je l’ai laissé quelques minutes dans son coin, et suis partie m’occuper de ses soeurs, puisque l’heure de la douche avait sonné. Ne voulant pas rester seul,  il a fini par enlever les satanées godasses en 2 secondes. 

Mon pauvre garçon, si tu savais ce qui t’attend… La vie n’est qu’une succession d’obéissances, contraintes et forcées : à ses parents d’abord, sa maîtresse et ses profs ensuite, enfin son patron, l’administration, les impôts, le banquier, et ses enfants, quand on devient gâteux. (Notez que je n’indique pas « son conjoint », ni « ses amis », les deux seules catégories auxquelles la soumission échappe, on vit au XXIème siècle quand même). Vois tous ces gens défilant aujourd’hui dans les rues, usant de leur droit de dire « non » sans que cela soit compris ou au moins entendu. Tu n’es qu’au début d’une longue contestation, au moins jusqu’à tes 65 ans si je comprends bien le débat. 

Pour nous, parents parfois désemparés, la limite entre l’autorisation et l’interdiction est bien floue ; encore faut-il savoir s’y tenir, car nos petits diables trouvent systématiquement la faille.

Mais après tout, qu’est-ce que l’obéissance ? Rien d’autre que le respect de règles, parfois absurdes sur l’instant, mais toujours plus ou moins justifiées, et qui permettent une vie harmonieuse en société. Les droits impliquent des devoirs. Je ne dis pas qu’on doit obéir à tout, aveuglément et sans réfléchir (je suis une rebelle-clandestine dans le fond, méfiez-vous de l’eau qui dort), mais Timouton est encore un peu jeune pour décider du bien-fondé des « lois » familiales ou scolaires. Et sans règles, l’anarchie règne, en politique comme en famille. Ses soeurs sont passées par là, différemment mais elles s’y sont cassées les dents (suffit de voir leurs bouches trouées en ce moment, la petite souris ne fait pas grève, je ne l’ai pas vue défiler).

Je ne dis pas non plus que je ne cède jamais, un peu de fatigue, une baisse de forme, et le fragile édifice s’écroule. Un papa absent la semaine, ça n’aide pas toujours non plus à se faire obéir, car ils savent bien y faire (tous les 3 sans exception) pour me faire tourner en bourrique (leur jeu préféré le soir, pour se défouler de la journée sans doute). Super Nanny, où es-tu, ai-je parfois envie de crier à tous les vents ?  Les erreurs jalonnent le chemin mais en attendant le prochain « non », on avance, en musique, ça adoucit les crises de nerfs… Et chez vous, le « non » revendiqué par l’enfant a droit de cité ou pas ?

Camelia Jordana – Non non non

PS : celui qui me trouve le nombre exact de « non » écrits dans ce billet gagne mon admiration.

6 réflexions sur “Le temps béni du « non »

  1. J’ai pas eu le courage de compter le nombre de « non » 😉
    Mais je suis de tout coeur avec toi car ma Titie, à l’aube de ses 2 ans seulement, est en pleine crise des Terrible Two !
    Et je peux te dire que ça y va le « non » !
    Du matin où elle se lève, au soir où elle se couche 😉

  2. Ma Poupette a 3 ans et demi, est numéro 2, a un frère aîné et un benjamin, est du signe du bélier et adore dire non ! je ne sais pas faire toute seule ! je ne veux pas !
    alors je compatis et nous souhaite bon courage pour la suite …

  3. Excellent article !
    Chez nous, Zébulon bientôt 7 ans et Tilou 3 ans fraîchement sonnés, deux petits mecs au caractère plutôt trempés (mais d’où ils ont hérité ça ??), surtout le grand. Depuis ses premiers jours d’école maternelle, il n’a eu de cesse de montrer sa « dureté » à ses différentes maîtresses. La première m’a même dit une fois : « si j’en avais 25 comme lui, j’aurais déjà démissionné ! » Gloups, à peine culpabilisant comme remarque…
    Mais on tâche de tenir le cap à la maison, Monsieur et moi. Heureusement qu’on est tous les deux à la maison le soir (je compatis à ta solitude vespérale – oui je parle bien quand je veux !) Les « non » des enfants occasionnent le plus souvent des sommations de notre part qu’ils n’ont surtout pas intérêt à négocier !

    Suis-je la « mère tape dur » ? Certains diront oui, d’autres… NOOOON !! 😉

    • J’aime la reflexion très adroite de la maîtresse qui te fait sentir mal d’un coup… Merci pour le vocabulaire, tu m’as appris qq chose ! Expliquer oui, négocier non (ça fait partie de mes principes).

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