Dernier jour de perm’

Quand j’ai signé, je savais que ce jour arriverait. Demain, officiellement, je quitte le statut de mèrofoyer pour retrouver la place de working-mum. Je peux dire que je l’ai attendu, espéré, redouté tout à la fois. D’autant plus que cette année était décisive, il fallait absolument que je décroche THE job, nos finances ne nous accordant plus de sursis pour très longtemps. Pour résumer, en 2011, ça passe ou ça casse, le congé parental ayant pris fin à l’automne dernier, les z’enfants étant à présent tous les trois scolarisés, je n’avais plus de raison pour ne pas renfiler la tenue de combat (si ça payait de rester à la maison, ça se saurait).

J’ai donc abordé ces derniers jours plutôt sereinement, en me remémorant tout ce que j’avais vécu depuis trois ans et demi, un peu nostalgique, un peu effrayée, un peu excitée à l’idée de passer une étape. J’étais décidée à en profiter jusqu’au bout, à chercher à mettre en place l’organisation parfaite, à graver dans ma mémoire ces petits instants légers qui passent presque invisibles, quand on est bien là où on est. Le soleil nous a gâtés ici depuis le début du printemps, j’ai bien profité de la maison, du jardin, des week-ends à la plage, des bavardages avec les amies, des déjeuners sur l’herbe ou presque. Ce week-end encore, Pornic nous a tendu les bras pour un samedi entre mer et piscine, avec un Timouton mi-figue mi-raisin qui a alerté mon intuition, me faisant pressentir un petit grain de sable dans la machine bien huilé du week-end.

Aujourd’hui était donc la dernière journée. Elle avait pourtant bien commencé, tout le monde était d’humeur joyeuse au réveil, même Timouton avec sa fièvre mutante qui jouait au yo-yo depuis la veille. Une petite prise de bec avec Misspaillettes qui ne parvient pas à enfiler ses baskets, un appel au calme, tout le monde en voiture en direction de l’école. Les filles déposées dans la cour, je file avertir la maîtresse de Timouton que je vais le garder avec moi pour la journée (le bougre, il en aura profité jusqu’au bout).

En pleine discussion, deux petites copines de ma fille viennent m’avertir que « Misspaillettes pleure, on ne sait pas ce qu’elle a ». Je la rejoins, distinguant un attroupement de fillettes et au milieu, la mienne, en larmes, ayant du mal à respirer calmement. Sa maîtresse rameute la troupe et très délicate (merci à elle) me propose de rester avec Misspaillettes quelques minutes dehors et de rejoindre la classe plus tard.

Quand notre miss est dans cet état, il est parfois bien difficile de lui tirer les vers du nez. « C’est parce que je t’ai grondée ce matin pour les chaussures ? » « Non » « Eh bien qu’est-ce qu’il y a alors ? » Silence-hoquet-larmes. « C’est à cause de demain ? » « Oui » « Ça t’effraie que j’aille au travail ? » « Oui » « Ne t’en fais pas, tout ira bien, on s’en sortira très bien, pas de panique » (et bien sûr, plus j’essaie de la persuader que tout ira bien, plus je sens mon argumentation faiblir). « Allez calme-toi ou je vais pleurer aussi ». Elle rit entre les larmes. Je ne ris plus du tout et me mets à sangloter avec elle, dans la cour.

Misspaillettes est anxieuse de nature et a une sainte horreur du changement. Vu sa réaction plutôt positive à l’annonce de ce nouveau travail, je pensais que tout était sur les rails. Il n’en était rien, l’angoisse a été la plus forte et il a bien fallu qu’elle sorte. La voir dans cet état m’a vraiment chamboulée.

Il y a souvent un sens caché dans les réactions des enfants, et même si je connais bien les miens, je suis encore surprise du degré d’émotion que cela peut atteindre.

Une fois calmées, nos deux paires d’yeux encore humides, nous montons rejoindre la classe, et j’explique à la maîtresse la raison soudaine de cette petite crise, en me traitant intérieurement de marie-chouineuse à toutes les sauces ; elle a trouvé les bons mots pour me rassurer, et trouver normale la réaction de Misspaillettes, je l’en remercie encore.

A la réflexion, je suis soulagée que ce trop-plein ait débordé ce matin, plutôt que demain qui sera sans doute plus zen (enfin je l’espère) car je ne sais pas dans quel état je serais arrivée au travail, et ce qu’aurait pensé mon nouveau patron à la vue de la recrue aux yeux rouges et à la mine déconfite !

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16 réflexions sur “Dernier jour de perm’

  1. Bonne chance pour ce nouveau job.
    Dans peu de temps je serais à la même place que toi aujourd’hui !!
    J’ai versé ma petite larme en te lisant !!
    Pleins de bonnes choses pour toi et ta famille ^^

  2. Bon courage à toi. Moi même en congé parental jusqu’au mois de septembre, je ne peux que entendre et comprendre tes émotions. Tu commences une nouvelle vie qui n’en sera que plus riche!

  3. Pingback: Working-mum, le retour « maman est en haut !

  4. Pingback: La fièvre du vendredi soir « maman est en haut !

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