Et avec ceci ? 5 kgs de culpabilité, merci ! (petites nouvelles du vendredi #2)

Depuis que j’ai changé de statut, et que j’ai coché la case « mère » pour définir mon statut familial (au lieu de « mariée sans enfant »), elle me tient plus ou moins fidèlement compagnie. Mais je crois qu’elle ne se sera jamais autant manifestée que ces derniers mois. Elle me saute au visage quand Miniprincesse m’a dit, à la rentrée : « la maîtresse a besoin des parents pour accompagner à la piscine » ou quand Misspaillettes fait une tête de trois pieds de long, le mardi soir, à l’idée que le mercredi se fera ici ou là, sans moi.

 Auparavant, jamais je n’aurais pensé la côtoyer si souvent. Désormais, elle se définit comme le sentiment qui squatte ma tête à longueur de temps, elle est le sine qua non de ma vie quotidienne, mon binôme au travail. Elle, c’est la culpabilité.

Je l’ai déjà ressentie, il y a quelques années, quand j’ai laissé Misspaillettes à la fin du trop court congé maternité, âgée de deux mois et demi, dans les bras de la nourrice. Elle s’est éclipsée à mon retour en entreprise, après un an de pause à la maison, pour la naissance de Miniprincesse. Elle était carrément aux abonnés absents, pendant cette faste période de plus de trois ans, le béni congé parental, lorsque Timouton est apparu, faisant de (ma) notre vie une parenthèse (pas toujours enchantée) mais bien agréable au final, où j’ai eu le loisir de m’occuper des z’enfants, sans trop me soucier du lendemain, même si devant telle colère ou crise de pleurs, j’ai parfois regretté ma position de mèrofoyer, et l’aurais volontiers troqué à ces moments précis contre celle de femme active.

Aujourd’hui, trois mois après mon retour dans le monde du travail, je n’irais pas jusqu’à dire que je regrette ma décision. Il m’est agréable de savoir que je gagne ma vie, sans toujours compter sur l’unique salaire de Chérimari, et par conséquent de se projeter dans l’avenir, avec un peu moins de craintes financières qu’auparavant, parce que, quand même, le temps que l’on passe à la maison, c’est un peu une période où l’on fait très attention aux dépenses. Rien que pour cela, je sais que j’ai fait le bon choix. Et travailler, j’en ai besoin, je l’ai toujours fait, de façon un peu hachurée, mais je ne voyais pas au foyer ad vitam eternam.

Néanmoins, la victoire savourée d’avoir retrouvé un poste, non sans mal, a un goût un peu amer, parfois, comme si je mangeais quelque chose de délicieux tout en sachant qu’une fois ingurgité, cela va provoquer des maux d’estomac.

Tous les jours je culpabilise, je remets en question mon choix, je le soupèse dans la balance, en enlève cent grammes, en rajoute deux cents. Je ne suis plus autant disponible pour les z’enfants, j’ai l’impression de passer à côté de certaines choses, les mercredis sont problématiques, inutile de se voiler la face. Au vu du bazar permanent qui l’occupe, j’ai le sentiment que la maison a été brutalement déplacée à Bagdad. Voilà pour le côté « organisation » des choses.

Niveau « moral » j’avoue avoir moins de patience pour expliquer certaines points, mon degré d’exigence envers les z’enfants a augmenté puissance cinq, la même phrase « je n’ai pas le temps » sort assez souvent de ma bouche, j’ai toujours l’œil sur la montre.

Bien souvent, une fois la tribu déposée à l’école, le matin, les trente minutes de route servent de sas de (dé)compression, et je suis contente à ces moments-là de ne pas travailler à côté de chez moi, car dans la voiture, on se retrouve toutes les deux, la culpabilité et moi. Et là, les quarante kilomètres ne sont pas de trop pour essayer de la faire sortir de là, les « tu n’aurais pas dû » et « tu as encore mal fait » se battent en duel, et tout cela ne se fait pas sans larmes.

Ce soir, avec deux amies, on en parlait encore. Et nous étions toutes les trois d’accord pour dire que, quelque part, on enviait nos maris qui ne se posent pas toutes ces questions et n’ont pas ces états d’âmes. Les maris (je parle ici des nôtres et pas en général) ne se torturent pas les méninges, ils avancent et puis c’est tout.

Depuis quelques mois, voire même depuis mon congé parental si je remonte plus loin, j’en arrive toujours à cette question : la culpabilité est-elle réservée aux femmes ? Est-ce un sentiment que seules les mères connaissent ? Celles-ci sont-elles toujours écartelées entre leur désir de bien faire pour leurs enfants, sans vouloir leur sacrifier un métier, et parvenir à maintenir à flot leur couple, leur famille, leur maison ? Je n’ai pas les réponses à ces questions, pourtant j’aimerais. Cela me simplifierait mes journées, et mes nuits, aussi. J’essaie de jeter un bon coup de pied au derrière de la culpabilité, de la faire dégager pour de bon, mais elle est tenace, et elle ne me lâche pas la grappe si aisément. Je ne suis certes pas la seule à le penser, ce sujet revient fréquemment sur le devant de la scène, de nombreux articles et livres l’abordent régulièrement.

Parmi eux, deux ouvrages que j’ai mis sur ma liste : « le défi des mères : pour en finir avec le sentiment de culpabilité des mères qui travaillent » et « Maman, je ne veux pas que tu travailles ! Concilier vie familiale et vie professionnelle sans culpabiliser » tous deux par Isabelle Filliozat, dont j’ai déjà lu le très bon « au cœur des émotions de l’enfant ».

Vous les avez lus, vous avez d’autres pistes, vous éprouvez la même chose, ou non, surtout n’hésitez pas à vous manifester, hein, ça me rassurera !

PS : je viens d’écrire cet article d’un jet, sans prendre le temps de l’organiser, c’est donc un billet « brut de décoffrage » que j’offre à Mme Déjantée pour ses vendredis intellos.

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11 réflexions sur “Et avec ceci ? 5 kgs de culpabilité, merci ! (petites nouvelles du vendredi #2)

  1. ah oui j’aimerais bien les lire les livres dont tu parles …pour moi l’idéal serait de bosser à la maison pour pouvoir être assez disponible pour les enfants, avoir une certaine souplesse au niveau des horaires, car quand j’arrive à 18h30 à la maison et que deux heures après il faut avoir fait le bain, le repas, les histoires, le coucher ben c’est la course…à partir de lundi, je ne pourrais plus amener mon fils à l’école car mes cours commencent tôt et j’ai une heure de transport, fini l’activité du mercredi et en plus ils seront obligés de se lever donc la culpabilité elle rampe déjà en moi…je me dis que ce n’est que quelques mois et pour le reste, qui vivra verra )

    • Je comprends ça, j’ai cherché aussi à travailler de la maison, mais pas facile ! En tout cas, j’admire les mamans comme toi qui reprennent leurs études, je ne sais si j’en aurais le courage !

  2. Je l’ai eu lorsque mon premier est né et qu’à 2 mois et demi il est parti chez la nounou. Lorsque je te lis je me dis que mon choix professionnel est super pour ma vie de famille et personnel aussi.
    Bon week end et vivement dimanche soir, hein ?

    • Je pense vraiment que ton choix pro était le bon, vu le contexte (rapport à ton ancien boulot, votre famille agrandie d’un coup, etc…). Mais je ne pourrais pas faire ce que tu fais 😀 Bon w-e, je me sentirai mieux dimanche soir…

  3. J’aime beaucoup cet article, très bien écrit, très finement analysé…

    sur ta liste de livre, ajoute aussi: « la fatigue physique et émotionnelle des mères » de Violaine je ne sais plus quoi. Plein de pistes intéréssantes pour prendre soin de son moral et mettre à la porte une bonne fois pour toutes cette s….. de culpabilité !

  4. Je crois qu’en toutes les « working mum » se retrouvent dans ton article. C’est un vrai cercle vicieux car on aimerait prendre plus de temps avec les enfants mais on est aussi obligé de travailler pour leur offrir une certaine qualité de vie (parce qu’effectivement le salaire de nos chérimaris ne suffisent en général pas pour nourrir la tribu…. A moins d’avoir épousé le gars qui gagne en un mois ce que toi tu gagnes en trois mais c’est pas pour autant qu’il sera là pour lire l’histoire aux enfants le soir car ses journées de travail seront à rallonge !! Et oui, un gros salaire, çà se mérite !!).
    Alors, essayons d’arrêter de dire « je n’ai pas le temps » car si, je l’ai le temps, je ne l’ai peut-être pas maintenant mais je l’aurai plus tard.
    Essayons d’arrêter de dire le matin « dépechez-vous, on va être en retard » (car en plus, dès qu’on le dit, tout le monde s’énerve et on avance à rien). Mieux vaut prendre une minute de plus pour expliquer à chacun que si tout le monde y met du sien, on commencera la journée pour tranquillement et elle ne sera que meilleure.
    Et prenons du temps pour nous : de la course à pied autour de l’étang à l’après-midi shopping, du soin chez l’esthéticienne au bain détente aux huiles dans notre salle de bain…

    Arrêtons de CULPABILISER car en toute bonne maman qui se respecte, on fera toujours de notre mieux pour le bonheur de la tribu

    • Et moi je me retrouve parfaitement dans ton commentaire, tu as bien résumé la situation et mon état d’esprit. Expliquer, parler calmement le matin, ne pas stresser les z’enfants, je m’efforce vraiment de le faire, car comme tu dis, on finit par s’énerver et commencer la journée sur de mauvaises bases (je ne dis pas que j’y arrive toujours, mais c’est de mieux en mieux). Si tu y arrives toi tout le temps, chapeau ! En ce qui concerne le temps pour moi, je me fixe moins d’objectifs, je fais avec le temps dont je dispose : si je ne suis pas à jour dans le ménage ou le repassage, tant pis, on n’en mourra pas. Et je tiens à ma petite bulle d’air, comme toi : mon esthéticienne, mes livres, la danse, le blog… tout ça m’aide grandement à penser à autre chose, même si ça prend sur le temps que je « devrais » consacrer à la maison. Je ne suis pas parfaite, personne ne l’est, je fais de mon mieux : YES I can déculpabiliser 😆 Merci pour ton commentaire, il m’a fait très plaisir.

  5. Pingback: Le jeudi est un jour « sans  « maman est en haut !

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