La balançoire

source : we♥it

Samedi après le déjeuner, pendant les jeux ou la sieste des z’enfants (selon l’âge), je prenais mon café en parcourant le journal, à l’ombre sur la terrasse, dans la chaleur de la fin d’été. Le ciel était sans nuage, le vent imperceptible. Le calme de ce début d’après-midi a soudain été interrompu par les décibels de la tronçonneuse du voisin. Nous nous sommes fait un signe par-dessus la haie, il a arrêté sa machine pour pouvoir me parler. Dans la main, il tenait la balançoire qu’il venait de démonter du portique en bois, avant d’abattre celui-ci. « Si tu la veux, je te la donne. » J’ai accepté. Je sentais que derrière l’objet, il avait quelque chose à me dire.

« Je voulais t’annoncer que la maison est vendue. » Je ne lui ai pas dit que le bruit avait déjà couru dans le voisinage ; je l’ai juste écouté. Dans quelques semaines, nous aurons de nouveaux voisins. Il m’a dit sa difficile recherche d’appartement, les tracasseries administratives, la brutalité du changement ; il a évoqué à mots couverts la séparation, en surmontant l’émotion au moment où le regard survolait le jardin.  J’ai bien compris son sentiment quand il a décrit les étapes qu’ils traversaient, que ce n’était pas dans la logique des choses, que normalement on ne fait pas construire une maison pour la quitter au bout de quelques années, qu’on ne s’attend jamais à cela, qu’on n’y est pas préparé, que c’est vraiment une épreuve.

J’ai écouté. Je n’ai pas su quoi dire, ni sortir les phrases qui témoignent à la fois de la gentillesse, de la compréhension, sans faire preuve de curiosité ni jugement. Je crois que j’ai dit : « La vie ne prend pas toujours les chemins auxquels on peut s’attendre, je te souhaite bon courage. » On est retournés chacun à ses occupations. Il a fait plus frais tout-à-coup ; les nouvelles du journal avaient perdu de leur intérêt, j’avais besoin de m’occuper les mains et me suis souvenue qu’il y avait une tournée de linge à étendre.

A la vue du portique en morceaux, sur l’herbe, qui symbolisait tant tout ce qu’il venait de m’expliquer, j’ai eu envie de pleurer, la balançoire dans une main et mes pinces à linges dans l’autre.

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16 réflexions sur “La balançoire

  1. Ouh la, les larmes me montent au yeux. Comme tu le dis trés bien la vie prend parfois de drôle de chemin.
    Tu l’as juste écouté , et pour lui je pense que c’est déjà beaucoup.

    • Certainement, c’était plus gai. En regardant en arrière, je me rends compte que j’omets volontairement ce type de billets sur le blog, alors qu’ils font partie de la vie, aussi.

  2. très émue à la lecture de ton billet, comme tu l’as sans doute été à l’écriture, parfois, les liens ne sont pas simplement réduits à des « bonjour au revoir »et un départ peu nous le faire comprendre

  3. Pingback: Bienvenue à Wisteria Lane | Maman est en haut !

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