Question de vie ou de mort

Avec les z’enfants, le repas du soir est très souvent animé. Nul besoin d’avoir la télé en fond sonore -pas de télé à table, c’est une règle à la maison- c’est à celui qui parlera le plus longtemps possible sans être interrompu. Les futurs candidats à l’élection présidentielle n’ont qu’à bien se tenir, la génération suivante aura de l’entraînement. Pour un peu je pourrais instaurer un minuteur genre CSA afin de garantir une égalité parfaite de temps de parole.

Lundi, le sujet du soir était la bougie supplémentaire qu’on rajoute inévitablement à chaque année qui passe, l’anniversaire du père de famille approchant y étant pour quelque chose. Pour je ne sais quelle obscure raison élaborée par son petit cerveau, Timouton, du haut de ses 4 ans et demi, s’imagine que 40 ans est la date limite de la jeunesse et qu’à partir de cet âge, on se range parmi les propriétaires de déambulateurs et de dentiers. Alors quand il réalise que le lendemain, Chérimari n’a plus que deux ans de répit avant le Big Bang, la répartie ne tarde pas : « Hein, mais c’est vieux ! ». Je suppose qu’au même âge j’ai bien dû sortir peu ou prou la réflexion qui tue à mes parents, mais j’avoue, se faire taxer de vieux par un Playmobil d’un mètre, ça te refroidit la soupe, un peu.

Puis la conversation a dévié sur le sujet sensible, auquel je ne sais jamais quoi répondre : la mort. Bienvenue au café-philo familial. Même si le thème ne m’a jamais vraiment rendue anxieuse, j’avoue que j’y pense parfois, et que les années passant, je perds un peu de cette tranquillité d’esprit, de pragmatisme et, quelque part, de sagesse, qu’ont les enfants (en général) pour aborder les sujets graves. Le fait d’être devenue mère sans doute, et de prendre conscience quand on passe à ce statut que quelque chose de trop fort pour être rompu par une absence physique nous retient ici.

Timouton : « Et comment on sait quand on est mort ? » Moi : « Eh bien tout s’arrête, ton coeur ne bat plus, tu ne respires plus. Je ne peux pas vraiment te dire, puisque je ne sais pas ce que c’est. » (je sens que je vais très vite arriver à court d’arguments).

Miniprincesse : « Ben moi, j’aimerais pas que maman meure avant papa, c’est papa le plus vieux, donc c’est à lui de mourir avant ». Logique.

Misspaillettes : « Sympa, toi ! »

Miniprincesse : « Non mais, quand même, faudrait pas qu’ils meurent trop vite, hein. Et puis nous non plus. » Eux, rires. Moi, angoisse.

Moi : « De toutes façons, personne ne le sait à l’avance ; vous, vous avez encore tellement de choses à vivre qu’il vous faut plein d’années devant vous, comme tous les enfants qui commencent tout juste leur vie ; on espère seulement qu’après la mort, on est bien et heureux. Mais ça, personne ne peut le dire. » Un mouchoir ?

Misspaillettes : « Eh ben, quand ça t’arrivera, tu n’auras qu’à nous envoyer un SMS pour nous expliquer comment c’est. » Pas bête.

Sauf que je ne sais pas si, de là où on est, on capte encore. Vous croyez que l’excuse du tunnel, là-haut, ça marche ?

***

Les jonquilles, ce sont les premières de l’année, en direct live du jardin de mes parents (merci). La preuve lumineuse que le printemps finit toujours par revenir. Mille excuses pour la photo pourrie prise à la lumière artificielle !

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6 réflexions sur “Question de vie ou de mort

  1. Voilà une grande question, et si ils savaient combien nous les « grands » on s’en pose encore des questions sur la mort! En tout cas voilà au moins une chose que je n’ai pas eu à expliquer à ma puce il y a quelques jours quand mon papa nous a quitté, elle est encore assez petite pour ne s’être aperçu de rien…non pas de rien, je lui explique ma tristesse que je ne peux cacher, je fais de mon mieux pourtant.. mais elle ne pose pas de question sur le comment du pourquoi, elle me console dans ses petits bras ce qui me fait fondre..

  2. je deteste devoir répondre a des questions comme ca, et c’est a moi que ma nièce me les pose, alors j’espère que crevette n’y réfléchira pas trop vite!!!

    • Je n’aime pas bcp y répondre non plus, mais je pense que les réponses les plus simples sont les meilleures. J’ai lu sur le blog de Caroline (pensées de ronde) il n’y a pas longtemps un commentaire qui m’a interpellée, une maman disait : « je leur ai fait comprendre qu’ils étaient libres de croire en ce qu’ils voulaient si cela les apaisait » J’ai aimé cette réponse, plutôt que d’imposer un élément, on laisse l’enfant le suggérer. J’ai décidé de la retenir pour leur donner une réponse de ce genre quand les miens abordent ce sujet…
      J’ai retrouvé le billet en question, là : http://www.penseesderonde.fr/2012/02/jaime-14.html#more

  3. L’année dernière, ma fille m’a demandé du haut de ses 3 ans, « c’est quoi être mort ? »
    Je lui ai répondu : « c’est quand on a fini de vivre. » Rien depuis, mais les petites questions philosophiques sur la mort sont bien sympa chez toi !!!

    • C’est cyclique, je dois dire que la brutalité de l’actu, ces derniers jours encore, apporte son lot de question philosophiques. J’aime bien ta réponse à taz belette 😉

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