La dure réalité

Ce soir la télé est restée éteinte. Ce n’est pas la première fois que cela arrive à la maison, mais ces jours-ci je suis parvenue à un niveau de saturation cathodique encore jamais atteint. Ici j’ai pour principe de ne pas parler de sujets politiques, tout simplement parce que cet espace n’est pas le lieu pour, et que d’autres expriment beaucoup mieux que moi le sentiment auquel j’adhère. Mais ces deux dernières semaines ont dépassé beaucoup de bornes, politiques et journalistiques, ou de bon sens et de dignité, au choix.

Depuis 48 heures, nous avons été abreuvés jusqu’à plus soif d’infos plus racoleuses que moins, de scoops avec « rien de changé depuis le dernier flash d’il y a 10 minutes », de détails bruts de pomme dont même mes oreilles (pourtant plus chastes) se seraient bien passées, de récupérations en tout genre à presque chaque bord, d’une minute de silence imposée en doutant que le public soit le bon, ou comment filer la frousse aux gamins d’aller à l’école ensuite tout en sachant que l’argument « mais non ça n’arrivera pas dans ton école ! » est bien faible face à l’angoisse qui peut en résulter. 

Moi ce soir, j’ai préféré : dîner d’un Rapido, concept maison du pique-nique dans l’assiette, les mamans savent de quoi je parle, et sourire à la critique de Misspaillettes : « ben moi je l’ai bien aimé, ce dîner ! », quand on arrive à 19h après récupération des z’enfants qui à l’école, qui à la danse, l’appel du fourneau se fait lointain ; étendre le linge propre qui sent bon, ça calme l’esprit ; organiser le repas du samedi soir au téléphone avec Chérimari, et apprécier la liste de courses laissée par ses soins sur le plan de travail ; enfouir mon nez et mes mains dans la chevelure des z’enfants, l’extérieur peut rester où il est.

Et découvrir que les poux font leur retour, après les bisous-câlins-bonne nuit habituels, sur le petit mot du cahier de liaison (arrrrgh).

***

Ce soir, j’ai lu aux z’enfants le Rire de Jiha, de Michel Piquemal. Un conte oriental, l’histoire d’un passeur pauvre qui fait traverser le port de Bagdad, dont la seule richesse est la joie de vivre. Cette provocation fait naître la jalousie du calife qui va le faire emprisonner… Mais Jiha a plus d’un tour dans son sac…

L’anecdote n’a rien à voir avec l’actu, j’ai pris ce livre au hasard à la médiathèque. Et lire l’auteur à la fin, écrivant : « On ne peut pas traverser une vie sans soucis ni souffrances. Ce qui m’a le plus aidé dans ces moments-là, c’est l’humour, la capacité à rire de moi-même et de mes petits problèmes. Car le rire relativise, nous llibère et nous allège.« , était exactement ce qu’il me fallait.

6 réflexions sur “La dure réalité

  1. Comme je suis d’accord avec toi…
    J’ai volontairement allumé cette télé que je n’allume jamais et écouter des infos que je n’écoute plus du tout depuis des années puisque je suis Toulousaine et que tout ça me concernait directement.
    Les enfants ont fait la minute de silence, on compris, on beaucoup parlé de tout ça, et j’ai trouvé ça bien et normal, mais parce que nous étions (encore une fois) directement concernés… Mais c’est vrai que j’ai du mal à comprendre pourquoi cela a été imposés aux autres enfants…
    Merci pour ce chouette billet 😉

  2. Je boycotte la « campagne » (si tant est qu’on puisse appeler ça comme ça) depuis quelques jours, dès que je vois leur tronche à la télé je change de chaîne. Les infos, je me contente d’un 10mn sur une chaîne d’infos quelconque, amplement suffisant pour en entendre plus que je n’en ai envie, et encore, pas tous les jours.
    J’ai fait le choix il y a longtemps déjà de ne plus laisser les horreurs sur lesquelles je n’ai pas prise envahir ma vie. A mon niveau j’essaie de faire un geste quand je le peux pour soulager un tout petit peu les horreurs de ceux que je peux atteindre et je compatis à ce qui touche directement des gens que je connais directement.
    Sinon tu ne vis pas, tu passes ton temps à pleurer et à te demander « pourquoi ».

    • Oui, et je pense que le mieux que j’aie à faire, dans certaines situations, c’est de me taire, tout simplement parce que je ne sais pas quoi dire. Ce qui ne m’empêche pas de penser à ceux qui sont touchés.

  3. Je suis contente que tout ce battage soit fini, bien que je sois infiniment triste pour les familles des victimes.

    Toute cette récupération politique est à vomir mais je me dis que le public ne s’y trompe pas… ou plus…. et qu’au final tous ces politicards et journalistes aux dents qui rayent le plancher ont l’air bien ridicules.

    • Je trouve que c’est dommage que chaque personnage public se sente obligé d’en dire quelque chose, la plupart du temps ça n’apporte rien.

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