Ta mère en couverture de Madame Figaro (et flagrant délit de mauvaise foi)

Vendredi soir, on a récupéré la tribu, après moultes péripéties sur le chemin du retour, la nouvelle voiture à vapeur de leur grand-père ne trouvant rien de mieux à faire que crever en bordure d’une route fronsadaise. De là à vouloir emmener de force son conducteur vers les propriétaires-récoltants du coin, il n’y avait qu’un pas que je ne franchirai pas. 6 heures et 1 pneu neuf plus tard obtenu après nombreuses négociations envers le garage qui voulait kidnapper la voiture pour le week-end, et a cédé devant l’imparable argument d’un avion à prendre le lendemain à Rennes (gné ????), c’est pas bien de mentir devant ses petits-enfants, (enfin là je ne dirai rien, c’était pour la bonne cause, heureusement ceux-ci n’ont pas moufté), la voiture chargée à bloc, le papy et les zouaves sont repartis vers la Bretonnie, où ils sont arrivés sans encombre dans nos bras après quelques heures, bronzés, grandis et ravis de rentrer. Le temps de signifier à la machine à laver que ses vacances à elle étaient terminées, toute la smala s’est endormie sans demander de beurre salé avec son pain.

Samedi, 6h45 : mon réveil sonne, c’est que j’ai deux valises à défaire/refaire pour le week-end prévu à la Baule avec nos copains L. et M. et leurs filles. La tête encore dans les brumes anglaises de la cérémonie d’ouverture des J. O., je me lève et le bouscule, y’a du boulot.

7:30 : les z’enfants émergent, et à la table du petit-déj’ nous racontent quelques détails de leurs vacances au fur et à mesure que les souvenirs remontent, dans le désordre donc : le Musée de la mer dispute la vedette au Rocher de la Vierge, le petit train c’est vachement bien, la Grande Plage a toujours ses rouleaux et ses surfeurs (future vocation pour Timouton qui a déjà le physique de l’emploi), la machine dans les vignes a une pièce cassée et J. n’est pas content, le chai en trotinette c’est dangereux (Timouton a officiellement un statut de G .I. G.) et 40°C à l’ombre c’est nettement supportable. Merci J. et MH, j’ai fait le tour ?

9:30 : valises bouclées, maison fermée, on peut y aller.

10:00 : arrêt pour prendre les clefs du pied-à-terre du week-end.

10:15 : première déviation, on suit les panneaux jaunes. Chérimari au volant, moi en passagère, un pressentiment m’assaille.

10:30 : il est où le deuxième panneau « déviation » ? T’as pas tourné au bon endroit, mais si regarde ils indiquent levillagetrouducdumonde, on est obligés de passer par là.

10:45 : on est sur la bonne voie. On est censés arriver sur la Côte à 11h30 (retiens bien cet horaire).

10:50 : SMS de M. : « je sens que Chérimari doit grogner. »

11:00 : déviation-suite. Pour éviter des travaux dans lavilleoùondoitabsolumentpasser, le contour doit bien nous emmener jusqu’à Paris si ça continue.

11:05 : ou Brest, ça dépend.

11:10 : sors la carte. Passe par là, tu conduis et je t’indique, OK, regarde donc la route, ce sera plus prudent. Ah ça y est on a récupéré la bonne départementale. On a fait une heure de détour, et on est à 33 kilomètres de notre point de départ.

11:12 : B*rdel, mais c’est quoi cette moissonneuse ? (où ça la moissonneuse ?, dit Timouton tout content dès qu’un engin agricole de plus de 2.5 tonnes se balade sur les routes un samedi, comme si on n’avait que ça à foutre, ça se sent l’énervement là ?) C’est bien connu, ces engins se promènent toujours le week-end.

11:15 : Chérimari occupe dangereusement la route complètement à gauche dans le vague espoir de se faire remarquer dans le rétroviseur de la machine, pour que son conducteur nous laisse passer. Mais bien sûr, marmotte-chocolat-papier d’alu, etc.

 11:20 : la moissonneuse tourne à droite, Chérimari écrase l’accélérateur puis pile derrière la seconde moissonneuse qu’on n’avait pas vue cachée par la première. C’est officiel je déteste la campagne.

11:23 : le gentil conducteur devinant la nervosité de Chérimari vu ses grands coups de volant pour dépasser, s’arrête et nous dégage la voie. Merci vous venez de nous éviter la rubrique « drame familial » dans le journal local.

11:27 : arrivés dans le village suivant, toujours sur la déviation, je loupe la direction à prendre. On se retrouve sur la place de l’église à demander notre route à un gars du coin visiblement pas encore réveillé et comptant replonger dans le sommeil au bar-PMU de la place. Devant ses hésitations à nous indiquer le chemin, on préfère encore s’en remettre à la carte dépliée en format panneau publicitaire sur mes genoux. Oui je sais lire une carte.

11:30 : ma réponse à M. : « tu l’entends pas ? » car à cause des vociférations de Chérimari, je n’avais pas entendu le précieux gazouiller. Je me marre toute seule. Les z’enfants aussi, Chérimari pas du tout.

11:35 : ah bonheur, enfin une quatre-voies dégagée avec le panneau vert La Baule écrit en grand, c’est bon les gars, pour l’apéro on devrait y être.

11:37 et 15′ : Miniprincesse : c’est quand qu’on arrive ?

11:59 : on franchit la ligne d’arrivée le panneau d’agglomération ; si je pouvais traverser le toit de la voiture-graouh, je lèverais les bras au ciel en signe de victoire, puisqu’on a quasiment fait le Tour de France.

12:03 : bon y’a plus qu’à monter les 48 marches avec les deux valises, le vanity, le matelas gonflable, les oreillers, les courses et la bibine pour le week-end.

12:40 : « on est bien à St Jean de Monts, hein ? » rigole L. en mode joyeux luron.

13:00 : les z’enfants sont installés à table pour laisser leurs parents tranquilles préparer l’apéro. Chérimari entreprend de vider notre sac de vêtements pour se changer, lance un rageur « Elles sont où mes affaires ? » ; moi : « Ben dans le sac. » Lui : « Non ça c’est mes affaires de la semaine, j’avais mis à côté du sac mes affaires pour le week-end. » Moi, sur la défensive : « J’en sais rien tu as dû prendre le mauvais tas alors. » En même temps, tu pouvais mettre tes affaires directement dans le sac, plutôt qu’à côté, non, sans compter toujours sur les autres ? Je ris, vexation suprême.

13:02 : Chérimari jette un rapide coup d’oeil au tas en question, constate qu’il comporte une chemise rose qu’il n’avait nulle envie d’apporter, un vieux short pourrave et pas de maillot de bain. L. lui suggère d’emprunter un slip de bain à son papa, il doit bien y en avoir un qui traîne dans un tiroir. Il lance la phrase de trop : « Super, j’ai horreur qu’on s’occupe de mes affaires. »

13:03 : Enervement de part et d’autre, jet d’amabilités (pléonasme) par dessus le bar de la cuisine, je monte dans les tours, explose et lui déclame qu’il n’avait qu’à mettre ses vêtements dans le sac, et pas à côté, que depuis hier soir j’ai déjà vidé la valise de 10 jours de vacances pour les z’enfants et en ai refait une autre, mis une machine, et que en gros, b*rdel de m*rde tu fais bip. Tout ceci devant M. et L. qui n’en demandaient pas tant. Garçon un whisky sans glace pour me calmer les nerfs, s’il vous plaît.

Sinon, l’orage terminé, on a passé quand même un chouette week-end malgré les apparences, on a bravé le vent d’ouest une heure et demie sur la plage, le temps de se transformer en poules ambulantes pendant que les z’enfants plongaient dans l’eau à 18°C. Les glaces chez Manuel sont toujours une tuerie, le ciel n’était pas de la partie dimanche pour le plus grand plaisir des kite-surfeurs, on s’est régalés de délicieuses moules et je me suis retenue pour ne pas trucider la CB de Chérimari, à défaut de son propriétaire, dans toutes les boutiques qui criaient « derniers jours de soldes » à mon attention exclusive avenue de Gaulle, hier matin.

Et au moment de refaire les valises, j’ai savouré pleinement le moment où ma main plongeant dans le fond du sac, tombe par hasard sur un maillot de bain, un short convenable et un polo, et les brandit à Chérimari tout piteux : « t’es vraiment nul, t’as même pas regardé jusqu’au fond ! »

Je mérite une rivière de diamants 24 carats. C’est L. qui l’a dit, enfin il a parlé de médaille, et moi j’ai rajouté les diamants bien sûr. Et à ceux qui ont demandé comment s’était passé notre week-end, il a répondu : « Beau temps, belle mer », phrase à double sens en humour breton.

PS : la photo, c’est parce que quand les z’enfants sont tombés dessus, Timouton a dit : « On dirait maman« . Adorable enfant. Maintenant vous savez à quoi je ressemble à beaucoup de choses près, mais si ça vous fait plaisir de m’imaginer ainsi, surtout ne vous gênez pas.

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9 réflexions sur “Ta mère en couverture de Madame Figaro (et flagrant délit de mauvaise foi)

  1. Excellent et si tu as l’or, Chérimari doit avoir au moins l’argent. Je te laisse on doit justement faire les sacs pour partir et je ne dois pas oublier mon maillot et………..!!!!!!!!!

    Papapapillon

  2. j’imagine très bien les scènes, pas besoin d’aller au cinéma… le film se déroulait au fur et à mesure de la lecture, d’autant que nous avions pris cette déviation le w-e d’avant. En parlant cinéma juste une parenthèse pour te conseiller « bowling », film avec catherine frot et mathilde seigner inspirés de faits réels et concernant la maternité de l’hôpital de carhaix. Quand une parisienne un peu coincée débarque en bretonnie et travaille avec une bretonne « un peu » têtue, c’est très bon ! à voir… Excellent moment de détente.

  3. j’ai RI …qu’est-ce que j’ai ri !!! je ne me suis pas moquée…c’était plutôt un rire profond et nerveux. c’est TELLEMENT vrai tout ça, je nous ai vu.
    on est TOUS pareil !! ahhh c’est bo la famille !!!!
    Ce matin, j’ai eu droit à la traditionnelle engeulade de mes parents sur le Départ ! sauf que je ne m’y attendais pas du tout qu’elle soit dirigée contre moi!
    coup de tonnerre : Mon mari avait vu la boisson énergisante que MON pére s’était achetée pour affronter la traversée de la France.
    DRAME NATIONAL !!! dans sa tête tout s’effondrait et au réveil mon père ni une ni deux m’a sorti un très sympa : qu’est-ce qu’il est C-N ton mari ! ça fait toujours plaisir.
    Bref, ça m’a mis de bonne humeur…
    « Comment gérer la séparation sur plusieurs mois .com ? »
    Moi aussi je t’aime PAPA!

  4. J’adore ton recit, ça me fait trop rire !
    N’empêche que je me mets trés bien a ta place !
    D’ailleurs, je defais aussi les valises de 4 jours a la mer pour en refaire pour 10 jours en Dordogne !
    Bonnes vacances a vous

  5. Bonjour à tous, je suis M. et j’ai donc vécu ce week-end exactement tel qu’il est décrit. Cependant il manque une petite scène que je me dois de vous préciser. Chérimari après avoir suivi le conseil de L. ressort de la chambre avec un « mer-veilleux slip de bain » trouvé dans la commode et là, Covima de dire : « Alors si tu sors avec çà, je ne te connais pas !!!! »
    Pourtant, je l’ai trouvé pas si mal que çà Chérimari avec son ssslip de bain noir….. Et finalement, on a vraiment bien rigolé !!!!
    On repart avec vous quand vous voulez même s’il y a des déviations. Biz biz.

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