Jackie ou le pouvoir d’une robe

Du plus loin que je me souvienne, depuis l’enfance je crois, j’ai toujours aimé ce qui touche au domaine de la mode et des vêtements. Je me rappelle de mon premier jean acheté dans les années 80 pour mon entrée en 6ème ; des tee-shirts à capuche et des badges qu’on collectionnait sur les blousons ;  des Madame Figaro de ma grand-mère religieusement feuilletés et des pages de publicité, de défilés ou des photos noir et blanc de Jackie Kennedy ou Grace Kelly, l’élégance personnifiée, découpées et punaisées sur le mur de ma chambre. Au moment de l’orientation, à la fin du collège, j’ai même eu envie de me diriger vers ces filières, aux métiers beaucoup moins variés qu’aujourd’hui mais déjà auréolés de mystère et des paillettes propres à l’inatteignable. C’était le temps des top-models stars, Claudia, Helena et les autres nous gratifiaient de l’image de leur minois en couverture chaque semaine.

J’ai toujours admiré ces filles, qui d’un rien, font ce petit truc en plus qui donnent « du chien » à une tenue. Adolescente un peu ronde et pas très à l’aise, je me cachais dans de grands pulls informes ; les chemises à carreaux et les jeans larges étaient adoptés par la plupart pour se fondre dans la masse. De féminité, point, il fallait la masquer au contraire. La porte de l’adolescence refermée, j’ai minci un peu, mais ne me suis pas sentie mieux dans ma peau pour autant. J’ai fait collection de robes longues pour cacher les jambes, de noir pour gommer les contours, au grand dam de Maman qui ne supporte pas cette couleur. Néanmoins, au début de la vie active, le versement du salaire mensuel aidant, et la volonté de s’habiller correctement pour aller travailler, j’ai commencé à chercher un peu, à me chercher un peu parmi les rayons des magasins. Là encore, moins de choix qu’aujourd’hui, internet balbutiait, les eshops et les blogs mode n’existaient pas. Mais petit à petit, j’ai entamé la distinction entre ce qui m’allait ou pas, ce que je pouvais me permettre par rapport à ma morphologie et ce qu’il valait mieux éviter, et à intégrer l’idée que décidément, non cette robe qui semble si jolie sur cette « grande gigue » de 1.75m dans la vitrine est définitivement ridicule sur moi. Je n’ai pas réussi ce tour de force du jour au lendemain, je me pose la question chaque fois que je passe le rideau d’une cabine d’essayage néonisée, qui n’est pas en plus l’endroit le plus flatteur pour l’ego.

Je crois que la première fois que j’ai vraiment été déterminée, a été pour ma robe de mariée, que j’ai choisie seule. Pas de voile, de minuscules touches de couleur sur le bustier et l’arrière de la jupe. Un rappel du printemps sur le tissu, pour ce jour frais d’avril du fameux « oui ». Parce qu’elle s’était simplement imposée, et qu’elle avait évincée toutes les autres à l’essayage. Si je devais y changer quelque chose aujourd’hui, ce serait les chaussures, de couleur vive tant qu’à faire. A ce moment-là, (on n’était qu’en 2001, ce n’est pas si vieux !), il fallait assortir les chaussures à la robe. J’aime beaucoup les mariages d’aujourd’hui, que je trouve plus festifs et fantaisie qu’il y a 10 ans.

Avec les années, je suis devenue plus exigeante avec les vêtements. Honnêtement, il ne s’agit là que de chiffons et donc de choses bien superficielles, mais autant qu’ils soient seyants. Dorénavant je fuis comme la peste le 100% polyester qui me transforme en sauna ambulant au bout d’une heure, les chaussures en synthétique qui développent les odeurs et ne maintiennent pas au chaud, après m’être rendue compte qu’en mettant un peu plus cher pour un top en coton ou des boots en cuir, c’est plus costaud et plus confortable.

De fil en aiguillle, c’est le cas de le dire, j’ai recherché des basiques qui me serviront je pense un moment, comme la veste noire ou les escarpins enfin dénichés, en cuir, donc. Je porte plus de couleurs, du rouge, du bleu électrique, parce que rien que le fait de s’entendre dire « ça te va bien » rajoute une croix à la liste des « do » et en enlève une à celle des « don’t« . Assortir les accessoires aussi, mon grand toc une fois habillée.

Avec les années aussi, le fait de s’accepter tel que l’on est et d’apprécier l’image renvoyée par le miroir s’est mis en place, petit à petit. Bien sûr, certains défauts sont et resteront : trois z’enfants sont passés par là, et je me rends compte que la gourmandise à outrance n’est pas ce qu’il y a de plus indiqué pour le tour de hanche, le ventre ou les cuisses (rayez la mention inutile, et ne me dites pas qu’il ne faut rien rayer). Mais se priver, non ! Il y a les héritages familiaux, pas toujours sympas, mais contre lesquels il est inutile de se battre ; j’essaie de faire avec. Certaines appelleront ça la maturité, moi je préfère dire qu’aujourd’hui, je me sens bien comme je suis.

Une bonne application de ce principe a été le choix d’une robe pour les vacances, alors que je cherchais au départ un short, sur la Redoute. C’est Chérimari qui m’a lancé : « tu ne prends pas une robe ? » Bof, j’ai répondu, une robe par VPC c’est pas toujours gagnant. Mais c’était la dernière semaine des soldes, la robe coûtait une paille, je me suis dit que je ne risquais pas grand-chose.

Et Zorro est arrivé. Ou plutôt, Jackie, parce que sa coupe droite me fait penser aux fameuses robes 3 trous qu’affectionnait Jackie Kennedy à son époque. Il ne m’a manqué que quelques jours supplémentaires de soleil pour en profiter pleinement, mais les quelques fois où je l’ai portée, elle a suscité l’approbation de Chérimari, et celle des z’enfants. Elle est pourtant un peu plus courte que d’habitude, mais je m’y sens bien. Outre le fait d’être complimentée par ses proches, c’est la robe aux super-pouvoirs, ceux de te mettre à l’aise et pleine d’assurance. Limite c’est la robe idéale pour demander une augmentation, tout bon sens gardé.

Jackie et moi, je sens qu’on est faites pour s’entendre…

***

En écrivant ce billet, j’ai pensé à C. que je trouve très bien aujourd’hui, et qui a dit il y a quelques jours : « aujourd’hui, c’est moi qui choisis mes vêtements, ce n’est plus eux qui me choisissent ».

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10 réflexions sur “Jackie ou le pouvoir d’une robe

  1. Même si ce n’est pas vraiment mon truc les « fringues », je trouve là encore un très joli billet retraçant hélas (quoique maintenant n’est pas mal non plus) nos jeunes années……

  2. Je n’est pas encore trouvé ma « Jackie » mais je ne désespére pas… Cet été j’ai lu  » une si belle image  » de Katherine Pancol traitant justement du rapport qu’entretenait Jackie K avec son image : un trés bon roman

  3. Pingback: La vie en rose bonbon | Maman est en haut !

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