Vacances + enfants = cocktail détonnant

aout2013

Les vacances, on va mettre tout le monde d’accord, je pense, c’est le moment de l’année que tu attends avec impatience pour faire une pause, décompresser et découvrir de nouveaux horizons. En gros tu voudrais qu’elles soient parfaites. Mais quand tu pars en famille, parfois tout le monde n’a pas les mêmes attentes. Tu comprends qui je vise, là, dans le rétro intérieur de la voiture ? Oui, oui, dans votre siège auto, c’est bien de vous dont je parle, les z’enfants.

Avertissement : tous les évènements, lieux et personnages cités ci-après sont bien réels, et nullement le fruit de mon imagination débordante. Je ne veux décourager personne de partir en vacances avec des enfants, surtout si parmi les lecteurs-rices, certains ne connaissent pas encore le bonheur d’être parents. Je préfère prévenir, un parent en devenir averti en vaut quatre, que tout cela peut éventuellement, un jour, arriver. Vous ne direz pas que vous ne saviez pas, après.

Acte 1, intérieur jour : la route.

 A moins d’être propriétaire d’une résidence secondaire à dix kilomètres de chez soi, en général la destination de vacances se situe à plusieurs heures de voyage. Pour emporter tout le fatras nécessaire à la survie d’une famille de cinq personnes (on n’emmène pas Mistercat, confié à d’autres mains pendant cette période), le meilleur moyen d’y parvenir reste la voiture, le concentré en quelques mètres cubes de ta maison pour une dizaine d’heures. Autant dire qu’il va falloir cohabiter. Une fois tout le monde confortablement installé, un mini-lecteur DVD à portée de main, (avant j’étais contre, mais ça c’était avant), et un sac à vomito distribué à chacun malgré les protestations de Chérimari (mais non on n’en a pas besoin), on peut partir direction le midi. 20 minutes plus tard, premier arrêt pipi pour Timouton. Un enfant de cinq ans, tu as presque oublié que ça a une plus petite vessie que toi. 45  minutes plus tard, second arrêt pipi, agacement de Chérimari, je note pour plus tard de ne pas leur donner de petit-déjeuner liquide avant le départ. Milieu de matinée, après quelques coups d’œil jetés en arrière vers une Miniprincesse couleur lavabo récuré, j’entends un bruit suspect de vidage de tuyauterie : la numérobis a la tête dans le sac (merci qui ?). Râlage en règle de Chérimari, la voiture est délicieusement parfumée de relents innommables, je supplie ma moitié d’arrêter la voiture sur le premier parking venu, qui évidemment ne se trouve pas au premier tour de roues. Je me maudis d’avoir oublié le Cocculine et les lingettes, qui ne servent qu’à cette occasion. Une fois la belette, le siège, les cheveux, le tee-shirt et la jupe nettoyés, on peut repartir en se disant intérieurement « vivement qu’on arrive ». Ensuite vient la litanie des cékankonarive, jesuitroserré, jaifin, cétencorloin, jemennuie. Mais personne n’ose dire « j’ai envie de faire pipi », même pas moi, de peur de déclencher l’ire paternelle. Finalement, on n’aura la paix qu’après la pause-déjeuner, quand tous les trois sombrent dans le sommeil. Sinon il reste toujours la solution de faire semblant de les oublier sur l’aire d’autoroute, peut-être ? Croyez-moi, on y a pensé.

Acte 2, extérieur jour : la plage.

Les z’enfants et nous avons décidément deux définitions différentes du mot « priorité ». En arrivant à destination en début de soirée, Chérimari et moi ne pensons qu’à décharger la voiture, faire les lits, et mettre le rosé au frais pour l’apéro bien mérité. Les z’enfants, eux, visent tout de suite la plage. Maintenant qu’on est arrivés, eux ne voient vraiment pas où est le problème si on laisse tous les bagages en vrac et qu’on file direct à l’eau. S’en suit une longue plainte qu’ils font durer jusqu’à obtenir satisfaction, pensent-ils, composée de « alors on y va à la plage ? Mais pourquoi on n’y va pas MAINTENANT à la plage ? C’est quand qu’on y va à la plage ? C’est loin la plage ? Hein dis Maman ? Et demain qu’est-ce qu’on fait ? Maman, tu m’écoutes ? Mamaaaaaaannnnn ? » De guerre lasse, je lâche un « Ecoutez-moi bien, je vais le dire une fois : on ira à la plage demain, on vient d’arriver, laissez-nous nous installer. » Le lendemain, à peine levés, le premier mot qui s’incruste dans leur esprit encore embrumé, c’est PLAGE. Et là, autant te dire que tu n’as pas intérêt à te louper.

Quand on débarque à la plage, il est loin le temps où je me contentais d’une serviette et d’un sac contenant de la crème, mes lunettes et un magazine, on n’a pas assez de nos quatre bras Chérimari et moi pour porter les cinq serviettes, les seaux et les pelles, les trois planches, le parasol, les brassards, et le gros sac contenant le flacon de crème, les lunettes de tout le monde, les chapeaux, la bouteille d’eau, le livre que je n’aurai pas le temps d’ouvrir et les serviettes pour se sécher, qui ne sont pas celles sur lesquelles on va s’étendre. Bien sûr, les filles portent leur planche, Timouton-fainéant se contentant de prendre… ses tongs, et trouvant encore le moyen de dire très sérieusement : « mais pourquoi t’as pas pris mon ballon et les raquettes ? » Foutage de tronche.

Une fois la place choisie, je ne suis pas encore en maillot qu’ils sont partis à l’eau, en courant bien sûr, et en balançant du sable sur tous les voisins qui ont eu le malheur de s’être installés à côté de nous, pardon. Ne courez ppppa… trop tard ils ne m’entendent plus. Chérimari les rejoint, tant mieux, j’ai au moins dix minutes de tranquillité pour bien étaler ma serviette, m’allonger confortablement, m’enduire de crème, sortir mon… « Maman, tu peux me donner un mouchoir ? Je peux avoir ma serviette ? Tiens prends (attrape, en langage enfant) ma planche, j’en veux plus. Elles sont où mes lunettes ? » Rhhhha mais la paix, un peu, là ! Chérimari prend ses fonctions de sauveteur en mer, la Méditerranée c’est dangereux, on a bien failli ce jour-là perdre les belettes qui se dirigeaient dangereusement vers le large, poussées par un vent de terre traître.

Le lendemain, l’angine en voie de guérison (cf. paragraphe suivant), Timouton sort de l’eau en hurlant et en se tenant le pied, vraisemblablement piqué par une vive. Grâce aux conseils d’une famille voisine de serviette, rassurante, la douleur s’estompera peu à peu, le pied enfoui dans le sable chaud. C’est toujours bon à savoir.

Acte 3 : la consultation médicale fin juillet.

On avait trouvé Timouton un peu mal en point le jour du départ, mettant ça sur le compte de la route. Mais quand notre estomac sur pattes fiévreux n’a quasiment rien avalé en deux jours, on se dit que ce n’est pas normal et qu’il vaut peut-être mieux consulter. Lundi matin, justement on ne savait pas par quoi commencer la semaine, nous voilà en quête d’un médecin dans le patelin de la location, Chérimari prend rendez-vous, tant qu’on ne nous envoie pas aux urgences tout va bien. A leur retour je demande : « alors ? », réponse de l’homme : « Ça a été, elle (le médecin-remplaçant) était charmante. » (Timouton confirme, ébloui vraisemblablement par Dr Top-modèle). « Non mais ce n’est pas ce que je te demande, qu’est-ce qu’il a ? » « Ah une angine, la gorge gonflée, une semaine d’antibiotiques, blablabla. » Chérimari et moi, on ne semble pas non plus avoir les mêmes priorités.

Acte 4 : les promenades.

On a des z’enfants qui n’aiment pas marcher. Sans protestation s’il s’agissait de lui greffer le vélo au postérieur, Timouton chante un tout autre refrain quand il s’agit d’en descendre pour utiliser les outils offerts par la nature pour se déplacer : ses pieds. Refusant de consacrer nos vacances uniquement aux allers-retours à la plage, nous comptions mettre à profit aussi nos deux semaines pour découvrir la jolie région qui nous accueillait. J’ai bien tenté de noyer la vive en organisant des promenades à Narbonne ou Béziers, au marché ou le long des canaux, en ville les kilomètres passent plus vite, mais la moindre marche finissait en jérémiades de la part du muméro3, et en épisode pénible pour nous tous se traduisant par un arrêt brutal en plein milieu de rue, comme l’âne relou qui refuse d’avancer. Lui botter le train sur une place bondée de touriste, on peut ou pas ? Non on ne peut pas. Dans ce cas, je finissais devant avec les belettes, laissant le papa gérer la crise, qui se terminait par des ajouts de points sur les i pour l’un et des chouineries pour l’autre, je vous laisse deviner ce qui va à qui.

Acte 5 : les disputes.

Ahhh, la vie estivale, ce repos de l’esprit et du corps, ce calme ambiant, la bonne entente générale, les rires et les manifestations d’amour fraternel… (bruit de disque rayé). Non mais franchement, les bons sentiments qui dégoulinent, ça c’est au cinéma. Parce qu’en vrai, les disputes, les z’enfants les ont aussi emportées avec eux. Et au bout de quatre jours, entre les deux derniers, ça commençait à être pesant, limite à nous gâcher les vacances, encore pire que de découvrir qu’il n’y a plus de glaçons dans le congélateur, imagine. Donc comme l’an dernier, en milieu de séjour, on a fait un conseil de guerre avec Chérimari, mis les choses au point et exigé très diplomatiquement (« si vous continuez, on vous renvoie par le train ») que les relations s’adoucissent pour ne pas faire du temps restant un enfer pavé de tomettes. Ça a marché, au moins jusqu’au retour.

Acte 6 : l’apothéose, le souvenir inoubliable des vacances.

Pour bien terminer ton séjour, tu dois rapporter avec toi des souvenirs. Mais si le souvenir, c’est une aventure qui se termine genre « plus de peur que de mal », c’est le top. Le bouquet final, deux jours avant de partir, tu t’en souviendras longtemps, crois-moi. Là-haut quelqu’un a dû m’entendre me plaindre un peu trop fort de leur mauvais caractère et prendre au pied de la lettre mes « la prochaine fois, je pars en vacances seule ! » hurlés à la face de ma progéniture. Ne jamais tenir pour euros comptants les menaces d’une MDFN à la patience mise à mal, même pendant l’été, c’est toujours du second degré.

Plantage de décor : promenade à vélo, un soir tous ensemble à la marina. L’humeur est bonne, le parcours agréable, on longe les jolis bateaux, on hume les parfums des restos, tout va bien. Jusqu’au moment où je reste un peu en arrière avec les filles, pour prendre des photos, tandis que Chérimari et Timouton avancent et que je les perds de vue. Pas grave, ils ne sont pas loin. Je contourne une structure gonflable qui barre mon chemin, et là je découvre 1) un groupe de personnes rassemblées autour de 2) Chérimari trempé, torse nu (est-ce bien raisonnable de se déshabiller maintenant, devant tous ces gens en terrasse ?) et 3) de Timouton, dont seule la tête de chat mouillé dépasse d’une couverture, au début je ne l’ai pas reconnu et cru qu’un clandestin avait franchi la Méditerranée à la nage et avait été secouru en mer. Je n’étais pas très loin de la vérité en fait.

Complètement interdite, je suis incapable de réagir et de rassembler les morceaux du puzzle ; je parviens à peine à prononcer « qu’est-ce qui s’est passé ? » et on m’explique que Chérimari est passé tout près du bord du quai, que Timouton suivant son père comme une ombre a fait pareil mais qu’il a perdu l’équilibre et est tombé à l’eau comme un artiste de cirque sur un fil avec son vélo, pile entre le quai et le bateau amarré à côté,  l’engin gisant par 4 mètres de fond. Chérimari a balancé son vélo, plongé et sorti le petit de l’eau. L’enfant qui avait déjà une très haute considération pour son paternel le regarde désormais comme le plus grand héros de tous les temps, monté sur un piédestal indéboulonnable. Je dois me contenter du piètre statut de la mère paralysée sur place ; à côté de ma moitié c’est beaucoup moins enviable mais je préfère que cela soit arrivé à Chérimari car je ne sais pas si j’aurais été d’un grand secours. Moi qui pensais quelques heures plus tôt jeter moi-même le terrible à l’eau, je peux peut-être me rattraper en cousant une cape ?

Bref, tout le monde est sain et sauf, même le vélo qui sentait le poisson décomposé, récupéré le lendemain matin, grâce à une ancre prêtée par un aimable plaisancier pour draguer le fond. Timouton n’est pas traumatisé le moins du monde, puisqu’il « savait que Papa allait venir le chercher », je cite. Ils ne me liront pas mais nos plus grands remerciements aux gens qui sont venus spontanément et très gentiment à notre aide, pour une couverture, l’abri sur le bateau, le « taxi » pour aller chercher notre voiture à l’autre bout du port, la proposition d’aller chercher le vélo si nous n’y parvenions pas. Nous avons été très sensibles à tous ces signes généreux, très remarqués par les z’enfants, et qui réconcilient avec la nature humaine, contre laquelle on est les premiers à râler.

Voilà, nous ne sommes pas non plus d’éternels insatisfaits puisque j’ai dit que c’étaient nos meilleures vacances. Mais on se serait bien passés de certains passages…

Dans la même veine, je vous encourage à lire le résumé de Cranemou, ça sent le vécu, et ça m’a fait travailler mes abdos à tant rire !

Valras 08 2013

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4 réflexions sur “Vacances + enfants = cocktail détonnant

  1. Très touchant ton récit, à la fois plein d’humour et de tendresse. Quelles aventures !!! Bon courage pour la reprise et la rentrée en 6ème !!!

    • J’avais peur de passer un peu trop pour la mère-fouettard dans ce billet, car bien qu’on ait été obligé de les brieffer, on a quand même passé de très bonnes vacances !

  2. Pingback: Tête de pioche | Maman est en haut !

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