Tête de pioche

DSCN6089Parfois, je me dis que les enfants ont un sixième sens pour nous faire culpabiliser, nous parents (et peut-être encore à plus forte raison, les mamans), dès que nous prenons un peu de temps pour nous. Citons par exemple (complètement  par hasard), ma soirée de vendredi dernier. 

Plantons le décor : une sortie entre filles, inscrite bien en évidence sur mon agenda depuis plusieurs semaines, un petit bistrot que j’avais envie de tester depuis longtemps, bref un bon moment en perspective.

A 19:00 on se retrouve à 5 devant la porte du restaurant, toutes d’excellente humeur à l’idée de terminer la semaine, ou d’entamer le week-end, selon le point de vue où l’on se place, autour d’une bonne table rennaise.

Au moment de trinquer, je sors mon téléphone pour immortaliser l’instant et surtout faire bicher le partager avec l’homme resté à la maison garder les z’enfants, trop bon, quand je m’aperçois que celui-ci vient de m’envoyer un SMS : « Nous revenons de chez le médecin,  1 point de suture… » et la fin qui m’inquiète plus qu’elle ne me rassure : « tout va bien ».

Alors qu’on sait très bien, via notre instinct maternel, que « tout va bien » est la formule même qui indique que TOUT VA MAL au contraire. Preuve à l’appui, une photo de Timouton, le nez et la joue comme s’ils étaient passés sur la râpe à fromage, un gros pansement entre les sourcils et la mine déconfite du magicien dont le tour aurait super mal tourné et qui se retrouverait au poste portant la pancarte avec son nom, pour la photo du suspect face et profil. Le tour raté ayant pu être, au choix, le lancer de couteau ou la femme coupée en deux, pour ce que j’imaginais être la cause réelle de son minois meurtri.

Je quitte donc nos agréables jacasseries de filles et sors téléphoner ; Chérimari m’explique que notre terrible three n’a rien trouvé de mieux que dévaler la rue allongé sur le skate du petit voisin, de se vautrer et de se prendre le bout recourbé de l’engin de malheur pile entre les deux yeux. Chérimari a pu consulter en urgence le seul médecin de la ville qui reçoit encore à 20:00, qui a du suturer notre grand invalidé de la 2ème division d’infanterie de skateboard, et accessoirement faire face au malaise du papa, même si ce dernier a nié ensuite et a mis son soudain coup de chaud sur le compte de la salle d’attente surchauffée. Mais bien sûr. Orgueil masculin mis à mal par la longueur de l’aiguille couplée aux cris de souffrance de la progéniture je dirais plutôt, moi.

Bref, à 40 kilomètres de là, je ne pouvais pas faire grand-chose et je n’avais plus qu’à essayer de me remettre dans ma soirée en buvant un verre supplémentaire de cet excellent vin du Languedoc, même si le pincement au coeur m’a tenu compagnie jusqu’à mon retour. Mode culpabilité ON, pour une fois que je sors un vendredi soir avec les copines, ou comment noyer tout le bénéfice d’un soir de détente en trois minutes de communication téléphonique, relou le gamin sur ce coup-là. Je me demandais bien dans quel état j’allais retrouver notre petit dernier !

J’ai du patienter jusqu’au lendemain matin pour me rendre compte des dégâts au grand jour, et chaque personne qui l’a vu ce week-end a admis qu’il n’y était pas allé de main morte, un peu plus à droite ou à gauche et on passait le week-end à l’hôpital, dans l’attente d’une greffe d’yeux (je suis Grey’s Anatomy depuis la saison 1.)

Dans la longue liste des bobos timoutonnesques, nous avions donc l’accrochage avec un vélo,  la chute dans le port de Gruissan, le choc contre la table basse, et le coin du placard sur la boîte crânienne. Mais de suture point, jusqu’ici, voilà donc une injustice réparée. A défaut de mes abdos/fessiers, mon coeur est un muscle très performant vu le nombre de coups qu’il encaisse à chaque choc émotionnel que cet enfant me fait subir. Et c’est pas fini.

Pendant qu’il lui faisait la piqûre d’anesthésie, le médecin a demandé à Timouton ce qu’il voulait faire plus tard. Réponse : « Je veux être dans l’armée, pour conduire un tank ou un hélicoptère. » Mon fils, tu peux être rassuré, tu as déjà une liste longue comme le bras de blessures de guerre. Mais on va peut-être éviter ce qui roule et préférer ce qui vole, non ?

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2 réflexions sur “Tête de pioche

  1. INOUBLIABLE LA SOIREE !!!!
    J’entends encore nos « Ooooooohhh mais qu’est-ce qu’il a fait ? » en voyant la tête de Timouton sur ton portable.
    Finalement, je suis en train de me rendre compte que « sans téléphone, la fête est plus folle » Déconnexion totale pour la prochaine fois, on le laissera dans la voiture….

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