Allons enfants

photo briko

Le vendredi soir chez nous, c’est sacré. On se pose, on savoure la perspective de ces 48 heures à venir, chacun parle en même temps de ce qu’il a fait/vu/entendu ces derniers jours, autour de l’apéro (pas un vendredi soir sans apéro, malheureux !). C’est sans doute mon soir préféré de la semaine.

Vendredi dernier était comme tous les vendredis. On a pris l’apéro donc, on a dîné, on a regardé un replay avec Chérimari, bien installés sur le canapé. Et à la fin du replay, on a zappé sur la fin du match France/Allemagne. J’ai tiqué quand le commentateur a dit : « On va revenir dans quelques minutes sur ce qui se passe en ce moment à Paris. » On s’est regardé, et puisque les z’enfants dormaient, on a mis sur une chaîne info, sans y croire. On est monté se coucher, en écoutant les news à la radio, en se demandant ce qui se passait réellement, tant Paris semblait être tombé sur la tête.

Samedi matin, je suis presque tombée du lit, en apprenant la fin des évènements dans les rues, près du Stade et au Bataclan, le nombre de vies brutalement arrêtées, n’en revenant toujours pas, m’accrochant aux infos en boucle toute la journée, alors que je sais, c’est mal, et ça ne sert à rien. Je crois qu’on essaie de comprendre ce qui se passe, on voudrait savoir pourquoi.

« Pourquoi », c’est la première question que les z’enfants ont posée au déjeuner samedi midi, quand on a tenté de leur expliquer qu’il se passait des choses graves à Paris.

Et puis, on est sorti, dans le froid pour encourager Chérimari, G., S. et quelques autres qui couraient samedi après-midi. Ca a fait du bien, de se retrouver après la course, pour boire un verre, parler de tout et de rien, des projets pour l’an prochain, de la vie quotidienne. Et de se dire, bien égoïstement, que ça faisait plaisir d’être là ensemble, sans attendre quelqu’un, sans avoir à décrocher le téléphone pour apprendre une mauvaise nouvelle, parce que nous n’avons pas de proches pris dans la tourmente.

Au fond, c’est à ça que j’ai pensé ensuite, depuis ce week-end. A ces familles éprouvées, à la peur de se retrouver au milieu d’une foule, parce qu’après tout, qu’est-ce qu’on y connaît, nous, au terrorisme, bien à l’abri dans notre petite province. C’est difficile de parler des moments graves, surtout quand ça arrive aux autres, parce que quand c’est pour soi, j’imagine qu’on ne trouve plus rien à dire du tout. Je n’ai pas osé dire, même si je l’ai pensé très fort, mon soulagement indécent en sachant que personne, dans mon entourage, n’avait été touché. Quand on imagine la peine des autres, c’est irrespectueux, sinon culpabilisant non, d’avouer qu’on est heureux que ça ne nous soit pas arrivé ? Dieu merci, je suis en vie, en quelque sorte. Alors je n’ai rien dit, parce tout ça me paraissait futile.

Dimanche midi, Timouton a dit qu’il voulait encore plus être dans l’armée pour « chasser les méchants ». Misspaillettes se verrait bien enquêter pour trouver les coupables. Miniprincesse, elle, a demandé si on était vraiment « en guerre ».

Lundi, le quotidien a repris ses droits. Au collège et à l’école, les z’enfants ont fait la minute de silence, après avoir discuté en classe (je n’aurais pas voulu être le professeur). Dans la classe de Timouton, ils ont allumé une bougie. Au dîner, on a parlé, encore et encore des attentats. Timouton a dit : « mais on doit avoir très peur dans une ville où il y en a eu ! ». J’ai dit : « C’est vrai. Malheureusement, dans certains pays, c’est tous les jours. » Timouton : « Hein, mais comment ils font les gens ? » Moi : « Eh bien, c’est pour ça qu’ils essaient de fuir, j’imagine, quand ils le peuvent. »

Depuis vendredi, c’est la grande contradiction des sentiments. L’effroi, le soulagement, l’incompréhension, la colère, la tristesse. Et l’émotion, beaucoup.

Les mots sont très confus et bien maladroits pour m’exprimer, sans vouloir rester concentrée sur moi mais en pensant surtout aux victimes. A l’image de ce billet, sans queue ni tête. Pour finir, je voulais partager des liens vers des choses qui m’ont marquée ces derniers jours…

J’ai pleuré lundi soir, en écoutant le témoignage de ce médecin anesthésiste encore bouleversé, descendu de son appartement pour soigner les blessés dans la rue ; ou celui de Sébastien, qui a sauvé cette femme suspendue à la fenêtre, et a parlé ensuite avec ceux qui le retenaient en otage ; celui qui s’est jeté sur une femme pour lui sauver la vie au Bataclan ; ceux qui ont fait rentrer le maximum de gens dans leur café ou la cour de leur immeuble, pour les abriter. Ces héros d’un soir sont encore la preuve que tout le monde n’est pas fou.

J’ai aimé cette Marseillaise chantée à Versailles, si seulement on n’avait pas eu à assister dès le lendemain au cirque des conflits d’opinion, franchement l’union n’aura pas duré longtemps.

J’aime la Tour Eiffel en bleu-blanc-rouge, parce qu’elle représente si bien notre pays, et ses valeurs, qu’elle est presque plus jolie comme ça que scintillante.

J’ai remercié silencieusement les artistes qui comme toujours, saisissent l’essentiel avec un bon dessin. Celui de klaire, article ici, qu’on devrait exposer dans toutes les salles de classe ;

https://i2.wp.com/www.klaire.fr/wp-content/uploads/2015/11/amalgames.jpg

Celui d’Astrapi

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L’édition du Petit Quotidien, très claire pour les z’enfants.

Pour éviter tout amalgame (tellement facile), ce petit mot sur Twitter :

Permalien de l'image intégrée

Voilà, c’est bien confus, mais ça avait besoin de sortir. Et il reste quand même l’espoir pour demain. La vie n’est pas douce tous les jours, mais elle est précieuse, on l’oublie trop souvent…

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4 réflexions sur “Allons enfants

  1. « A chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur nous-mêmes »
    (Etty Hillesum)

  2. Je pense à des proches qui ont perdu un membre de leur famille vendredi soir. A. était venue s’éclater sur de la musique et voir un groupe qu’elle appréciait.
    Malheureusement, elle n’est pas revenue raconter son week-end à sa famille, qui s’est terminé pour elle à Paris….

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